Troubles DYS et apprentissages scolaires

La rééducation neurovisuelle, qui lie le travail des yeux aux apprentissages scolaires, m’a toujours touchée.
Comme je l’ai dit dans l’introduction, j’ai vu la nette amélioration que le travail orthoptique apporte aux enfants dans leurs apprentissages.

Quel est le lien entre le travail des yeux et la dyslexie ?

Le fait est que les yeux sont l’entrée première des informations visuelles.

Tout d’abord, quand l’image est fixée par l’œil, au début, ce n’est qu’une image. C’est de l’optique, elle ne veut rien dire.

Elle est transmise au cerveau, et c’est là qu’elle est « traitée » : on voit une table, une chaise …Dans l’organisation des informations visuelles intervient la mémoire. Pour ma part, je ne rentre pas dans cette étape du cognitif, les orthophonistes pourraient l’expliquer nettement mieux que moi, orthoptiste.

Je ne m’occupe, de mon côté, que du physique, de la « mécanique ».

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La lecture

En lecture, l’œil n’effectue pas un mouvement continu de balayage visuel.

Quand l’œil lit, il effectue des tous petits mouvements de va et vient gauche/ droite, gauche/ droite pour le français qui commence à gauche : c’est un automatisme qui s’acquiert à partir de la grande section de maternelle quand on commence le travail de la lecture. L’automatisme consiste a effectuer un balayage linéaire ligne par ligne avec retour à la ligne.

L’œil effectue donc des micros-saccades et un temps de pause. Les saccades lui permettent d’avancer et de « viser », de s’arrêter, il marque le temps de pause qui va permettre le déchiffrage. C’est la Fixation

La fixation

Concrètement, l’œil se pose au-dessus ou face à la lettre ou à la syllabe, cela permet à l’image de s’imprimer au fond de l’œil (la rétine) dans l’endroit qui est responsable du 10/10e et cet endroit ne fait que 5° d’angle (la fovéa) : la fixation. Le reste du fond de l’œil nous permet d’avoir une vision périphérique : si on fixe un objet, on perçoit autour qu’il y a une table, une fenêtre, une porte…

Dans la DMLA, quand on nous montre le voile noir au centre de la vision, c’est que la fovéa est touchée.

Une lecture précise exige des mouvements qui doivent être bien dosés, bien calibrés et un temps de pause maîtrisé : une fixation précise et confortable.

Dans les difficultés en lecture, qui sont plus prononcées chez les enfants dyslexiques, c’est la tendance divergence qui donne typiquement une désynchronisation entre les deux yeux, ce qui entraîne typiquement des sauts de mots, des sauts de lettres ou de syllabes, des inversions dans l’ordre des lettres et des inventions de mots : les yeux n’obéissent pas !

Pour les enfants qui présentent une dyslexie, la tendance divergence et les difficultés de la fixation vont intervenir dans leurs grandes difficultés en lecture. Il y a bien sûr le travail en orthophonie en parallèle.

La désynchronisation vient du fait que les yeux sont certes « pépères » (comme je le dis aux enfants), mais pas « pépères » avec la même intensité ! Et d’ailleurs, on retrouve très fréquemment un œil très « pépère » qui se repose sur son copain et c’est donc souvent le même œil qui est « coquin » et qui fait le « kangourou » (il est responsable des sauts…).

C’est impressionnant et touchant de constater l’amélioration en lecture une fois que la fixation est bien maîtrisée et l’endurance des muscles acquise.

En parallèle du suivi orthoptique, il y a toujours un suivi en orthophonie.

L’écriture

Qu’est-ce qu’une lettre ?

C’est un point de départ et un point d’arrivée. Entre les deux, on doit calibrer : un « m », c’est trois pieds et un interligne ; un « l », c’est trois interlignes…

C’est l’œil qui va viser d’où l’on part, où l’on doit arriver et ce que l’on fait entre les deux. Il transmet l’information au cerveau, et le cerveau donne l’impulsion et le dosage à la main.

Note : Je ne parle pas ici de la prise du crayon ou de la posture de l’enfant, qui relèvent de la psychomotricité.

Les conditions d’une écriture régulière

Une écriture régulière et « rapide » (réalisée dans le temps imparti en classe) exige :

  1. Une fixation précise et confortable (la notion d’« imprimer »).

  2. Des muscles oculaires à la fois détendus et musclés.

  • Détendus : Pour ne pas fournir un effort constant pour voir net (ce « poids inutile » lié aux contractures).

  • Musclés : Pour avoir l’endurance nécessaire (éviter la fatigue liée à la tendance à la divergence).

L’impact des troubles oculomoteurs sur l’écriture

  • La tendance à la divergence : Elle provoque une lenteur ou une écriture plus brouillonne (« cochon »), du fait du manque d’endurance des muscles. L’enfant ne peut pas bien écrire sous la pression du temps.

  • Les contractures : Elles entraînent le plus souvent une lenteur, car l’enfant est ralenti par l’effort permanent qu’il doit fournir pour voir net.

  • La fixation : Elle est fondamentale. Elle permet la notion d’imprimer, comme un film que l’on projette. Si l’œil survole le support, l’enfant n’imprime pas correctement, ce qui donne typiquement des fautes de copie.

On constate une amélioration impressionnante de l’écriture en travaillant simplement sur la fixation et l’endurance musculaire.

Dysgraphie et Dysorthographie

  • En cas de dysgraphie : On obtient une amélioration plus ou moins importante selon le degré du trouble. Même si l’écriture s’améliore, il peut persister une grande fatigabilité. Dans ce cas, on peut préconiser à l’équipe éducative le recours à l’ordinateur. Généralement, cela se décide en CM1 pour que l’année de CM2 soit mise à profit avec un ergothérapeute, afin que l’entrée en 6e se fasse en toute autonomie.

  • En cas de dysorthographie : La difficulté de fixation est très handicapante pour « imprimer » l’orthographe des mots. La tendance à la divergence ou les contractures ajoutent une couche de fatigabilité supplémentaire.

Une approche positive et pluridisciplinaire

Comme je le dis souvent aux enfants présentant des troubles DYS :

« Tu n’es pas aidé par tes yeux et ce n’est pas ta faute ! Tu n’y peux rien, MAIS les séances vont t’aider ! C’est pas génial, ça ? » Et quasiment tous les enfants répondent avec le sourire : « C’est génial ! 😊 »

Le travail orthoptique est un maillon essentiel de la prise en charge, en complémentarité avec l’orthophonie et la psychomotricité. Ce sont des rééducations qui agissent ensemble pour le bien-être de l’enfant.

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